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L’animal (parasite) du jour

CARTE D’IDENTITÉ

Nom : La Sacculine du crabe vert Sacculina carcini est un organisme de l’ordre des Rhizocéphales et du genre Sacculina

Habitat : cette espèce de sacculine se retrouve couramment dans les eaux peu profondes des côtes méditerranéennes, de l’Atlantique et de la Mer du Nord. Elle est également observable dans les zones de présence du crabe vert. 

Taille : la partie extérieure en forme de sac de l’organisme mesure entre 0,5 et 3 cm de largeur pour une longueur comprise entre 0,5 et 2 cm de largeur.

Mode de vie : la Sacculine du crabe vert est un endoparasite obligatoire du crabe vert Carcinus maenas.  Elle se nourrit des nutriments présents dans le crabe jusqu’à libération de ses larves, puis meurt.

CE QU’IL FAUT RETENIR SUR L’ANIMAL EN QUESTION POUR DRAGUER… OU PAS

La Sacculine du crabe vert, comme les autres espèces du genre Sacculina, est caractérisée par son cycle de vie parasitaire obligatoire. Ce mode de vie lui est possible par un ensemble d’adaptations extrêmes de sa physiologie, la rendant très méconnaissable par rapport à ses cousins. Car, bien que son apparence ne le laisse pas suggérer, la Sacculine est en réalité un Crustacé ! L’évolution lui a fait perdre toutes les caractéristiques propres de ce groupe d’animaux marins, si ce n’est sa larve Nauplius. 

La manière dont la Sacculine du crabe vert parasite son hôte ferait pâlir de peur n’importe quel alien de science-fiction. La jeune larve se déplace dans l’eau à la recherche d’un hôte, puis se fixe à l’interstice entre deux plaques de son telson (la partie ressemblant à un triangle replié sur son ventre). Une fois fixée, celle-ci va se métamorphoser et former un réseau de structures semblables à des racines à l’intérieur du crabe, racines pouvant s’étendre sur la totalité du pauvre crustacé. C’est via ces « racines » que notre parasite va récupérer les nutriments présents dans l’hémolymphe, c’est-à-dire le sang du crabe. C’est de cette particularité que vient le nom de son ordre, les Rhizocéphales, littéralement les « têtes de racines ».

Ces précieux nutriments vont lui permettre de développer la partie visible en forme de sac à l’extérieur du crabe : l’externa. Celui-ci est réduit à un simple sac de viscères contenant les organes reproducteurs mâles et femelles et à des cavités afin de libérer les larves. Celles-ci seront ensuite expulsées par l’ostiole, un orifice situé à l’extrémité de l’externa. Lorsque celui-ci aura rempli son rôle de donner naissance à plusieurs couvées d’œufs, la Sacculine mourra, l’externa se décrochera, et dans la majorité des cas, le pauvre crabe suivra son parasite dans la tombe. 

On peut se demander pourquoi le crabe ne fait rien pour se débarrasser du parasite ?  C’est là que la Sacculine dévoile sa stratégie. En effet, celle-ci est capable de modifier le comportement mais également le sexe de son hôte ! Chez les crabes, le telson est plus large chez les femelles que chez les mâles, cette différence étant liée au fait que c’est à cet endroit que les femelles couvent leurs œufs. C’est également là, pour rappel, que va se développer l’externa de la Sacculine, et se faire passer pour les œufs de son hôte ! Celui-ci va alors protéger son parasite au péril de sa vie. Il ne pourra également plus muer, la mue étant également bloquée par la Sacculine afin de ne pas être délogée. Et si son hôte est un mâle ? Aucun problème, la Sacculine va le féminiser ! Son telson va alors s’élargir, et il adoptera exactement le même comportement qu’une femelle.

Il existe un grand nombre d’espèces dans le genre Sacculina, chacune vivant dans des conditions différentes et parasitant des hôtes distincts, mais partagent les mêmes caractéristiques que Sacculina carcini, ce qui rend très difficile leur identification. Néanmoins, ces petits sacs parasites de crabes nous illustrent bien la puissance de l’évolution.

Article écrit par Valentin Djian

Sources :