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Peut-on se passer des tests sur les animaux ?

© PETA

L’article de loi L214-1 du code rural dispose que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ». Ainsi pour la consommation alimentaire et textile les élevages doivent répondre à des normes strictes permettant leur bien-être. Mais qu’en est-il pour la recherche scientifique ? 

Développé en 1959 par Russel et R.L Burch, le programme 3R a pour but de définir les lignes directrices de l’expérimentation animale. Le concept est de réduire le nombre d’animaux tués, de raffiner la méthodologie utilisée pour éviter un maximum la douleur et/ou l’inconfort et de remplacer les modèles animaux.
De ce programme découle la directive européenne 2010/63 qui régit les tests sur les animaux en laboratoire. Ainsi tous les laboratoires souhaitant faire des tests sur les animaux doivent faire valider leur protocole. Cependant aucune loi européenne n’interdit les tests sur les grands singes alors qu’ils sont interdits en Nouvelle Zélande, en Italie, en Allemagne et en Autriche et que 64% des européens y sont défavorables. Dans l’Union Européenne, chaque année 11,5 millions d’animaux sont tués, dont 2,2 en France à des fins scientifiques.

Ces expériences sur les animaux permettent notamment des études sur la biologie fondamentale, le contrôle qualité des essais toxicologiques ou encore la recherche et le développement pharmaceutique.
Les animaux les plus présents dans les laboratoires européens sont bien évidemment les souris (60,9%), suivies des rats (13,9%) ainsi que des lapins (3,12%). Il y a aussi les animaux à sang froid qui représentent 5,9% et 3000 chiens, 569 chats et 1810 primates non humains. Officiellement, depuis 1999 aucun grand singe n’a été utilisé en Europe. Une vidéo publiée par l’association Animal Testing a cependant montré qu’un hôpital parisien fait des recherches sur la maladie d’Alzheimer qui utilise l’expérimentation sur des singes.

Dans une société où le bien être animal est de plus en plus pris en compte, il est naturel de se demander s’il est possible de se passer de ces tests. Pour de nombreux scientifiques la réponse est non. En effet, les souris partagent plus de 95% de gênes avec l’humain. 
Certaines molécules ont été découvertes grâce à la recherche sur les animaux, c’est le cas par exemple de l’Herceptine qui est le premier anticorps monoclonal humanisé. C’est un anticorps produit par des microorganismes où, comme c’est le cas ici, est produit par une souris transgénique. Le but est de modifier un anticorps initialement produit par une souris pour le rendre similaire aux anticorps humains. L’Herceptine cible la protéine HER2, responsable de la croissance des cellules cancéreuses du sein. La recherche sur la souris a donc permis de réduire le taux de mortalité du cancer du sein. 
Et même si les avancées n’ont pas eu lieu grâce à l’expérimentation animale, toutes les molécules sont testées sur les animaux avant de pouvoir être testées sur l’humain. Ainsi l’un des arguments avancés est que plus personne ne voudrait prendre le risque de faire des essais cliniques si la molécule n’a pas été testée sur un organisme vivant auparavant. Cela risque d’empêcher la mise sur le marché de nombreux médicaments. 

Cependant les tests sur les animaux présentent des limites. Même si l’humain partage 95% de son génome avec la souris, cela ne veut pas dire que ces organismes sont identiques. En effet, 80% des molécules efficaces sur les souris ne le sont pas sur l’humain, et il est donc utile de trouver une alternative à l’expérimentation. 

Il est possible de faire des expériences in vitro comme par exemple « organ-on-chips » (organe sur puce). Ce sont des puces qui ont pour but d’imiter certains organes comme le poumon, l’intestin ou encore d’étudier le comportement des cellules cancéreuses du sein ou le virus de l’hépatite C. Ces puces sont composées de polymère transparent et flexible de l’ordre de quelques centimètres. Elles contiennent des canaux micro fluidiques creux bordés de cellules vivantes spécifiques à un organe, connecté avec un système vasculaire artificiel revêtu de cellules endothéliales humaines. Pour imiter le microenvironnement des organes cibles, des forces mécaniques peuvent être appliquées aux puces. Ainsi elles permettent d’étudier les activités moléculaires et cellulaires liées aux fonctionnements de différents organes. Cela permet d’étudier les pathologies et de tester des nouvelles cibles thérapeutiques in vitro. De plus, ces puces peuvent être reliées entre elles et cela permet d’étudier les interactions entre les différents organes. 

Une autre approche pour éviter les tests sur les animaux est la modélisation informatique. En cumulant les connaissances en génétique, biologie et chimie, il est possible de modéliser le comportement d’une cellule et d’une molécule cible sur l’organisme. 
L’une d’entre elles est la QSAR, relations quantitatives structure-activité. Cette méthode permet de faire des projections sur la toxicité d’une molécule grâce à ses propriétés physico-chimiques. 

Pour éviter les tests sur les animaux, une autre technique est le microdosage. Cela consiste à administrer à un humain volontaire une dose très faible de la molécule à tester qui est en trop faible quantité pour avoir un effet sur l’organisme. Cependant grâce à un radio-marquage, elle peut être suivie et donc ses actions peuvent être étudiées. 
En plus d’éviter l’utilisation d’animaux, cette technique est plus efficace car elle permet d’analyser les effets sur le corps humain directement. Ainsi on évite le cas de molécules efficaces sur les animaux mais inefficaces voire létales sur l’humain.

Il existe de nombreuses alternatives au test sur les animaux mais elles ne sont pas encore assez développées et l’expérimentation sur les animaux reste extrêmement répandue. 
L’utilisation d’animaux à des fins scientifiques est de plus en plus contestée. Il est donc important de développer de nouvelles méthodes d’expérimentation excluant les animaux. 

Article écrit par Mayssa Viollé

Bibliographie :