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L’odeur du cancer

Source image : Gut Magazine, institut Curie
  • Les chiens, une inspiration pour la médecine ?

Une femme originaire du Royaume-Uni s’est décidée à consulter son médecin après que son chien gratte sa poitrine sans arrêt. Il s’avère qu’un cancer du sein à un stade précoce lui a été diagnostiqué.
Les chiens ayant au moins dix fois plus de récepteurs d’odeurs que les humains seraient-ils capables de repérer une pathologie aussi bien qu’ils repèrent des drogues ou des explosifs ?
Pour y répondre, des études ont été menées notamment en 2014, par le Dr Gianluigi à l’hôpital de Milan.
Des chiens renifleurs, anciennement spécialisés en détection d’explosifs, ont été entraînés et ont détecté correctement les patients malades dans 98% des cas sur un échantillon de 902 hommes dont 362 atteints d’un cancer de la prostate.
Ces résultats permettent de belles perspectives. Comme le déclare Donald Bodenner, chef du service d’oncologie endocrine à l’Université d’Arkansas, “Les procédures actuelles de diagnostic du cancer donnent souvent des résultats incertains, conduisant à des interventions médicales récurrentes et à un grand nombre d’interventions chirurgicales effectuées inutilement” La détection canine aurait alors l’avantage d’être non invasive, indolore et peu coûteuse.

  • D’où provient “l’odeur du cancer” ?

Mais comment expliquer que, même avec un bon odorat, il soit possible de sentir l’odeur du cancer ?
Afin de comprendre ce phénomène, il faut savoir qu’une cellule cancéreuse n’a pas le même fonctionnement métabolique qu’une cellule saine. Ainsi, les cellules tumorales, via des processus d’oxydation de protéines de la membrane cellulaire, produisent des molécules volatiles qui engendrent cette odeur particulière. Ainsi, les cancers développent leur propre signature olfactive détectable dans les urines , l’haleine et la sueur.

  • Développement de nez artificiels ?

Les chercheurs se sont alors demandés s’ils pouvaient concevoir une machine, par analogie à l’odorat du chien, qui pourrait reconnaître cette signature olfactive. Cette méthode qui permettrait un dépistage précoce et précis est en phase de test à l’institut israélien Technion. Il s’agit d’un nez artificiel appelé «Na-Nose», composé de nanoparticules d’or et de nanotubes de carbone. Ce dispositif électronique capable de détecter dans l’haleine la présence de différents cancers, un peu à la manière d’un alcootest présente désormais une fiabilité de 83%. En revanche, le « parfum du cancer » n’a pas encore été précisément défini.
« Nous en sommes au stade de la reconnaissance sensorielle, mais pas encore du dosage. Quand vous buvez de l’eau de mer, par exemple, vous savez, au goût, que l’eau est salée, mais vous n’êtes pas capable de définir la quantité de sodium présente. C’est pareil pour les nez artificiels », explique le Pr Cussenot.

  • Se faire dépister du cancer en un clic ?

Pour aller encore plus loin, une équipe de l’école polytechnique fédérale de Lausanne a récemment mis au point un ​test d’haleine ​sur téléphone portable, permettant de dépister le cancer de la gorge. Chaque capteur se compose d’un disque en silicium recouvert d’un polymère. Lorsqu’il entre en contact avec un gaz, le polymère absorbe des molécules, et le disque se déforme. Différents polymères sont utilisés sur chaque capteur afin d’obtenir diverses informations sur la composition du gaz et identifier la “signature olfactive” de l’haleine étudiée le plus précisément possible.
Télécharger une application pourrait donc potentiellement vous sauver la vie !

Etant donné qu’il n’existe actuellement que très peu d’examens de routine pour détecter les cancers, ils sont souvent diagnostiqués à un stade avancé, ce qui rend leur prise en charge difficile. Ces nouvelles méthodes pourraient donc d’ici quelques années, grâce à des dépistages très fréquents et accessibles facilement, permettre la prise en charge rapide des cancers et l’amélioration des chances de survie.

Article écrit par Sonia Mignon

Bibliographie

  • The use of canines for urologic cancer screening: An alternative weapon of mass detection? – Jean-NicolasCornu;CarolineGirardet;OlivierCussenot : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1761676X10000295#!
  • Gut Magazine , Institut Curie
  • Scent-trained dog detects thyroid cancer in human urine samples- THE ENDOCRINE SOCIETY – 7 Mars 2015 –
  • Microfabricated Sensor Arrays for Life Science Applications – ​Loizeau, Frédéric ; ​de Rooij, Nico​ ; ​Gautsch, Sebastian​ – 2014 : ​https://infoscience.epfl.ch/record/197077