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L’intelligence chez le corbeau

© Ken Bohn, San Diego Zoo Global

À l’instar des primates, des dauphins et des poulpes, les corvidés sont capables de fabriquer et d’utiliser des outils !
Ainsi, les corbeaux calédoniens sont capables de choisir des brindilles d’une longueur et d’un diamètre spécifiques qu’ils cassent et façonnent en crochet dont ils vont se servir pour pêcher des larves cachées dans les troncs.

En plus de savoir fabriquer des outils, les corvidés montrent une mémoire des visages impressionnante. Pour vérifier cette hypothèse, des chercheurs se sont équipés de masques identiques et sont allés capturer des corbeaux sauvages. Ils les ont ensuite attachés avant de les relâcher. Il en est ressorti que presque 3 ans plus tard les corbeaux capturés se souvenaient toujours des masques et ont manifesté leur hostilité au travers de cris agressifs. Mieux ! Ils ont pu transmettre cette information au reste de leur communauté puisque d’autres corbeaux qui n’avaient pas été capturés ont pu manifester la même hostilité. 

Ces comportements ont conduit de nombreux chercheurs depuis plus de 30 ans à comparer leurs capacités cognitives à celles d’un enfant de 5 ans. On peut alors se demander ce qui pousse une espèce à développer une intelligence comme celle-ci.

Là aussi de nombreuses études ont permis de faire la lumière sur ce sujet. Comparé aux autres espèces de passereaux, les corvidés sont plus gros, possèdent un cerveau plus lourd et ont un temps de développement plus long et leurs parents s’occupent plus longtemps qu’eux.

On a pu démontrer grâce à deux espèces de corvidés qui possèdent une structure sociale et un environnement différent que les traits d’histoires de vie ont un impact sur le développement des fonctions cognitives. 
Les jeunes corbeaux passent ainsi beaucoup plus de temps en compagnie de leurs parents que les autres oiseaux. En moyenne 4 ans ce qui équivaut à 20 ans si l’on rapporte à la durée de vie d’un être humain.

Cette période permet aux juvéniles de se calquer et de mimer les comportements des plus vieux. Ils apprennent ainsi plus facilement à résoudre des puzzles en se calquant sur les plus matures.

Les corbeaux adultes donnent un cadre sécurisant à leur progéniture en étant plus tolérants avec les jeunes durant leur période d’apprentissage. Ils leur laissent du temps et des opportunités pour s’entraîner, apprendre, et pendant ce temps ils subviennent à leurs besoins. Ce cadre de vie va être plus favorable à l’apprentissage car il sera plus long et va favoriser la sélection des capacités cognitives sur une échelle évolutive. 

À l’instar du corbeau, les exigences de la vie en groupe d’un point de vue cognitif ont pu contribuer à la croissance du cerveau chez l’humain. La protection et l’accompagnement des juvéniles pendant une longue partie de leur vie sont des traits communs que l’on retrouve chez ces deux espèces. L’intelligence au sens où nous l’entendons aujourd’hui ne serait donc pas un “don” mais une acquisition qui résulterait de notre structure sociale et d’un environnement favorable.  

Article écrit par Maël Guegan

Bibliographie :