Français

L’animal (utile) du jour

© Hans Hillewaert / CC BY-SA 4.0

CARTE D’IDENTITÉ

Nom: Limulus polyphemus est l’espèce la plus connue de la famille des Limudés qui désigne ces arthropodes marins prenant une forme de fer à cheval, expliquant ainsi l’origine de leur surnom de « crabe fer à cheval ».

Habitat: Cette espèce occupe les eaux de l’océan Atlantique Nord depuis la Baie de Fundy jusqu’au Golfe du Mexique. Elle est particulièrement friande des fonds sablonneux ou vaseux situés à quelques mètres de la surface de l’eau.

Taille: On observe un important dimorphisme sexuel au sein de cette espèce, avec une plus grande taille chez les femelles par rapport aux mâles. Certains individus peuvent atteindre jusqu’à 70 cm pour une masse de 5 kg en moyenne.

Mode de vie: La limule possède un régime alimentaire assez commun composé principalement de petits crustacés ou mollusques qu’elle trouve en fouillant le sable. Après l’accouplement, la femelle creuse dans le sable ou la vase un trou de plusieurs centimètres de profondeur pour venir y déposer quelques milliers d’œufs qui donneront après fécondation par les mâles de jeunes et vigoureuses larves 28 jours plus tard, tout en n’ayant cependant aucun rapport avec le célèbre film post-apocalyptique. Un individu peut vivre en moyenne 30 ans, période durant laquelle il pourra muer jusqu’à 15 fois.

Dessin de Léa Prévost

CE QU’IL FAUT RETENIR SUR L’ANIMAL EN QUESTION POUR DRAGUER … OU PAS

Pour commencer, il est important de savoir que les limules se seraient différenciées il y a maintenant 270 millions d’années ce qui correspond en termes de système géologique à la période du Permien, une ère tristement célèbre pour sa fin marquée par la « Crise Permien-Trias », nom donné à la plus grande extinction d’espèces connue ayant entraîné la disparition de 75% des espèces terrestres et de 96 % des espèces marines.

Mais si l’animal est sous le feu des projecteurs depuis plusieurs années, c’est moins grâce à son aspect préhistorique qu’au grand intérêt porté au liquide irriguant l’ensemble de son corps plat, à savoir l’hémolymphe. Ce liquide circulatoire est l’équivalent du sang chez les arthropodes à la différence près que le pigment respiratoire n’est pas l’hémoglobine riche en fer mais l’hémocyanine qui est constituée de cuivre, révélant alors l’origine de la teinte bleuâtre du fluide.

Le sang de la limule contient des amibocytes (l’équivalent de nos globules blancs) qui réagissent en présence de toxines bactériennes en sécrétant une protéine ayant la capacité de solidifier la lymphe pour en faire une sorte de gel qui va donc bloquer les infections bactériennes en empêchant les microorganismes de circuler librement.
Cette propriété particulière est exploitée activement depuis une cinquantaine d’années pour synthétiser une substance un peu particulière nommée « lysat d’amibocyte de Limule » ou « LAL » très utilisée dans le domaine médical et ce pour diverses applications comme la détection de toxines dans certains médicaments ou produits de dialyse.

La vision de la limule est également très étudiée : parmi les 10 yeux de la limule, 4 ne peuvent uniquement détecter que les objets animés ou en mouvement, caractéristique exploitée pour observer et tester des phénomènes visuels comme l’inhibition latérale : c’est le nom donné au processus qui permet d’augmenter le contraste entre la zone stimulée et celles peu excitées . Si de nombreuses espèces de plantes ou d’animaux sont menacées à cause des activités de l’homme, la limule ne déroge malheureusement pas à la règle.
Pendant longtemps et encore aujourd’hui, sa chair est utilisée comme appât dans le cadre de la pêche à l’anguille et tout particulièrement aux Etats-Unis et malgré son statut d’espèce protégée dans certains états américains, les législations sont contournées en important des individus en provenance de l’Asie où elles sont chassées pour la consommation.
Mais si la pêche est un facteur aggravant, ce n’est pas le principal facteur coupable de la diminution importante du nombre d’individus car la palme revient à la ponction du sang des limules. De 2004 à 2016, le nombre d’animaux récoltés pour l’industrie médicale a augmenté de 86% jusqu’à atteindre 540 000 animaux en 2013. Si une limite de 30% du sang est indiquée, il n’en reste pas moins qu’un nombre important d’organismes ne survivent pas à ce prélèvement, environ 20 à 30%. Le prix d’un litre de sang de limule avoisine les 11 000 euros sur le marché, expliquant alors le peu de scrupule accordé au traitement de cet animal classé quasi menacé (NT) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pour finir sur une note un peu plus joyeuse, l’étrangeté de cet animal semble avoir inspiré de nombreuses fictions car on retrouve des références plus ou moins évidentes dans un bon nombre de médias. Par exemple, l’état désigné sous l’appellation « Face Hugger » de l’alien de la saga éponyme ressemble énormément à notre chère limule, en un peu plus agressif je vous l’accorde. On peut également évoquer le Pokémon Kabuto qui semble mimer ce fossile vivant ou encore les Ômus, ces insectes aux dimensions gigantesques mis en scène dans le génialissime « Nausicaä de la vallée du vent », film d’animation réalisé par le non moins génialissime Hayao Miyazaki.

Article écrit par Gabriel Friob

Sources :