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Le rôle du microbiote dans l’obésité

Source image : Bluezone

Le microbiote, voilà un mot que vous entendez souvent depuis quelques années, car les scientifiques ont pu démontré son activité, jusque-là sous-estimé, dans notre corps. Les scientifiques estiment qu’il s’agit du sixième organe derrière le cerveau, le cœur, les poumons, les reins et le foie. Il est donc essentiel !

Ce microbiote est réparti sur toutes les zones du corps : la peau, la bouche, l’intestin mais également les parties intimes. C’est le microbiote intestinal qui nous intéresse ici, car il est impliqué dans une pathologie qui touche énormément de gens aujourd’hui : l’obésité.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe l’obésité comme épidémie mondiale, aussi importante que la résistance aux antibiotiques. En effet, il s’agit d’une pathologie très grave qui découle de plusieurs facteurs étiologiques : des facteurs nutritionnels, génétiques et environnementaux. Elle résulte d’un déséquilibre de la balance énergétique. Cette dernière devient donc négative, ce qui signifie qu’il y a plus d’énergie stockée qu’utilisée par l’organisme. Ce déséquilibre induit ensuite plusieurs complications qui impactent énormément la santé des individus malades.

Chez les personnes atteintes d’obésité on observe, tout d’abord au niveau cutané, une hypersudation et une mycose des plis, qui s’accompagne d’un reflux gastro-œsophagien, au niveau digestif.
Ensuite, les personnes dites “obèses” sont atteintes « d’apnée du sommeil », une maladie qui nécessite une oxygénation nocturne du patient. Ces personnes sont également très sensibles à tous les troubles cardiovasculaires tels que l’hypertension artérielle ou l’insuffisance cardiaque, mais également aux perturbations métaboliques tels que l’insulino-résistance ou le diabète de type 2.  Elles sont également plus ciblées par certains cancers dont celui du côlon ou de la prostate mais également par des complications ostéoarticulaires.
Enfin, elles subissent également une importante discrimination sociale qui conduit très souvent à une dépression qui peut altérer la qualité de vie du patient.

Mais quel rôle ce microtobe intestinal peut-il jouer sur cette pathologie ?

Après études du microbiote et plus précisément des bactéries à Gram négative, les chercheurs se sont rendus comptes que ces derniers possédaient des lipopolysaccharides (LPS). Il s’agit de molécules présentes à leur surface, et qui interagissent avec les macrophages M1 présents au niveau de l’intestin.
En effet, ces lipopolysaccharides vont être reconnus par des récepteurs, les TLR4, qui vont activer les macrophages M1. Une fois activés, ces derniers vont sécréter des cytokines inflammatoires qui vont stimuler la lipolyse et conduire à la libération d’acide gras.

L’obésité est donc une pathologie inflammatoire, car ces cytokines vont induire une cascade inflammatoire qui va aboutir à une hypertrophie des adipocytes ainsi qu’à l’augmentation de leur population. Ce n’est pas tout, car la digestion des fibres par les bactéries du microbiote produit des acides gras à courtes chaînes, tels que l’acétate, le proprionate et le butyrate.
Le proprionate et l’acétate sont absorbés et utilisés comme source d’énergie par le foie. En revanche, le butyrate est relâché dans la circulation et peut avoir un impact métabolique dans l’organisme.
En effet, associés aux acides gras libérés par la lipolyse adipocytaire, ces acides gras à courte chaîne vont augmenter le phénomène de lipotoxicité autour des adipocytes. Celui-ci correspond à une accumulation d’acyl-CoA dans les cellules beta du pancréas qui se traduit par la disparition de 50% de ces cellules par apoptose.

De plus, des études sur des souris ont montré que l’absorption supplémentaire acétate jouait un rôle bénéfique sur l’insulinoresistance et l’obésité. En revanche d’autres études sur des rats cette fois-ci, montrent l’effet inverse, comme quoi l’acétate induisait l’obésité et l’insulinoresistance.
Par conséquent, l’impact exact de ces acides gras à courte chaîne sur l’organisme reste encore à déterminer.

Article écrit par Hugo Galim

Bibliographie :

  • Valentina Tremaroli et Fredrik Bäckhed « Functional interactions between the gut microbiota and host metabolism » Nature vol. 489, p. 242-249, 2012. PMID 22972297 [archive]
  • Role of the Gut Microbiome in the Pathogenesis of Obesity and Obesity-Related Metabolic Dysfunction, Gastroenterology, Volume 152, Issue 7, May 2017, Pages 1671-1678
  • Cours “Obésité : Causes et Conséquences”, Khadija ELHADRI-ZEGOUAGH, UE LU3SV542 de la Licence Science de la Vie de Sorbonne Université
  • Cours 6 de Bactériologie, Guennadi SEZONNOV, UE LU3SV518 de la Licence Science de la Vie de Sorbonne Université