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« Famille à jumeaux » mythe ou réalité génétique ?

© katrinaelena / iStock

Si un membre de votre famille a accouché de jumeaux il n’est pas rare que l’on suggère que ce sera également votre cas. Mais cette affirmation laisse à réfléchir, y a-t-il une hérédité concernant les grossesses multiples ? Et si oui, par qui est-elle transmise ? 

Il existe deux types de jumeaux : les jumeaux monozygotes, qui naissent après fécondation d’un ovule dont la cellule oeuf se sépare en deux pour donner deux embryons, et les jumeaux dizygotes, couramment appelés les « faux jumeaux », issus d’une fécondation de 2 ovules par 2 spermatozoïdes. Ces derniers se développent dans deux placentas séparés, ce sont deux spermatozoïdes qui fécondent deux ovules distincts. La différence fondamentale entre ces deux types de jumeaux repose sur la génétique. Dans le premier cas, les zygotes obtiennent le même matériel génétique de la part de la mère, tandis que dans le second les zygotes auront des gènes totalement différents.

Sur l’ensemble des naissances gémellaires (deux zygotes pour une même grossesse), seulement un tiers des enfants sont des jumeaux homozygotes. Cette fréquence d’apparition laisse planer quelques questions quant à  l’origine des « faux jumeaux ».

Pour mettre au monde des jumeaux hétérozygotes, il faut obligatoirement que la mère ait eu une double ovulation. Le père n’a donc aucun impact sur ce type de grossesse. Cette double ovulation apparaît plus fréquemment chez les femmes plus âgées (30 – 40 ans), au sein de certaines ethnies, et majoritairement chez les femmes ayant recours à des techniques de reproduction assistées tel que la FIV (fécondation in vitro). En Asie, les naissances multiples sont très rares, 3 à 4 pour 1 000 accouchements, tandis qu’en Afrique la fréquence est bien plus élevée, 40 naissances sur 1 000. Cette différence peut être expliquée par l’environnement, l’alimentation et par des facteurs génétiques, il s’agit de la prédisposition.

Des chercheurs internationaux ont pu mettre le doigt sur deux gènes responsables, entre autres, de l’activité de la FSH, l’hormone folliculostimulante. Cette hormone est à l’origine de l’ovulation et de la maturation des ovocytes en ovules. Pour ce faire, ils ont récolté et comparé les données génétiques de mères européennes ayant accouché naturellement de jumeaux hétérozygotes. Il en ressort deux similitudes génétiques. La première est située au niveau du gène FSHB, responsable du taux important de FSH. En grande quantité l’hormone folliculostimulante déclenche l’ovulation. La deuxième se trouve au niveau du gène SMAD3 qui influence la réponse des ovaires face à l’hormone folliculostimulante. On peut donc conclure que les femmes porteuses de ces gènes, présentent un taux de FSH plus élevé ainsi qu’une plus grande sensibilité ovarienne. Statistiquement les chances de donner naissance à de « faux jumeaux » sont augmentées : au niveau de FSHB, + 18%, et au niveau de SMAD3, + 9%. Si la mère possède les deux variantes génétiques, on augmente de 29% les chances de donner naissance à des jumeaux hétérozygotes. Les chercheurs ont cependant ajouté que l’expérience n’ayant portée que sur des femmes d’origine européenne, il n’est pas exclu que des gènes inconnus soient à l’origine de la prédisposition aux grossesses gémellaires au sein d’autres populations.

Grâce à cette découverte génétique, il sera possible dans un futur proche de comprendre et traiter la stérilité chez les femmes. Néanmoins les grossesses multiples s’avèrent dangereuses. Elles augmentent le risque de fausse couche, de naissance prématurée ou encore le décès des nouveau-nés. Plus la multiplicité des zygotes est importante plus le risque encouru est important.

Finalement, les « familles à jumeaux » sont réelles, mais ils ne donnent naissance qu’à des jumeaux hétérozygotes. Les connaissances sur les jumeaux homozygotes sont très réduites, beaucoup de recherches sont encore à prévoir pour comprendre les mécanismes physiologiques et génétiques des gestations multiples.

Article écrit par Astrid Binon

Bibliographie :