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Le test du miroir

© Helmut Corneli / Alamy

Sommes-nous les seuls êtres vivants à avoir conscience de leur propre existence? L’être humain est-il le seul à savoir ce qu’il pense ?

Les scientifiques tentent depuis le début des années 1950, de répondre à cette question dans un monde de moins en moins anthropocentrique. De nombreuses études en éthologie ont été faites à ce sujet, grâce à un test nommé ‘test du miroir’.

En 1970, l’américain Gordon G. Gallup Jr. publie l’étude “Chimpanzee : Self- Recognition” publiée dans la revue Science. Dans cette dernière, une expérience clé concernant la conscience animale a été effectuée. Elle consiste à placer une marque inodore sur une partie du corps du chimpanzé qui n’est visible qu’à travers le miroir et de regarder si le sujet, placé face à ce miroir, a une réaction envers la marque. Les réactions attendues sont multiples : une observation approfondie de la marque à travers le reflet, une observation approfondie de la marque via le toucher ou encore une tentative de l’effacer. Le but de cette expérience est de prouver, dans le cas où l’animal s’inspecte lui-même et non pas son reflet, qu’il reconnaît que la marque apposée par les chercheurs se situe sur son propre corps. C’est ainsi qu’il a été reconnu qu’une connaissance de soi était présente chez le chimpanzé. 

Au fil du temps, les chercheurs ont également effectué ce test sur différentes espèces animales, principalement sur les grands singes (Hominidae). Le chimpanzé comme cité précédemment, et l’orang-outang présentent tous les deux un comportement d’inspection de leur propre corps lors du test du miroir. C’est également le cas pour d’autres mammifères comme l’éléphant d’asie (Elephas maximus), certains mammifères marins (orque, grand dauphin et fausse orque) ou encore certains oiseaux comme le perroquet gris du Gabon ou la pie bavarde. Néanmoins, ce n’est pas le cas pour d’autres espèces comme le gorille ou le chien.

Il est néanmoins important de prendre de nombreux facteurs en considération lors de la réalisation de ce test. En effet, chez les gorilles par exemple, on a longtemps pensé qu’ils ne pouvaient pas se reconnaître dans le miroir car ils chargeaient leur propre reflet. Après réflexion, les ethologues ont fait la connection entre ce comportement et les interactions sociales des gorilles. Chez ces singes, le regard appuyé sur un congénère est un signe d’agression ce qui vouait le test à être biaisé.  Le protocole a alors été modifié, en utilisant une caméra et un écran projetant le contenu filmé, permettant ainsi au gorille de s’observer sous un angle différent, sans contact direct avec son regard. Le résultat de l’expérience a donc été complètement différent, puisque dans ce contexte, il a été possible de valider la connaissance de soi par les sujets gorilles. 

L’exemple du chien qui n’obtient jamais de résultats concluants concernant la connaissance de soi, permet de s’interroger sur la signification de ce test du miroir. Ces résultats veulent-ils dire que le chien n’a pas conscience de lui-même ? C’est une des principales problématiques du test. Ce test est basé sur notre vision anthropocentrique du monde. C’est-à-dire un monde fait d’image, dans lequel la représentation de notre corps est visuelle. Mais pour beaucoup d’animaux comme le chien, le principal sens utilisé n’est pas la vue. Pour nos amis à quatre pattes, un nouveau test a donc été créé en se basant sur les odeurs. Les réactions du chien n’étaient pas observées après la vision de son reflet dans un miroir mais après exposition de celui-ci à différentes urines de chien, dont les siennes qui avaient été chimiquement modifiées. Le chien était alors à même de discerner lesquelles venaient de lui même celles qui avaient été “marquées”.

Cependant, les résultats fournis par le test du miroir peuvent être discutables. La conscience de soi regroupe la connaissance de son propre état mental -émotions, sentiments- et la compréhension de son apparence physique. La reconnaissance de soi quant à  elle ne concerne que la compréhension de l’apparence physique. Avec le test du miroir, on peut être certains que le chimpanzé se reconnaît mais les scientifiques remettent en question la preuve que le test permet aussi d’admettre l’existence d’une conscience de soi, étant donné que le lien entre les deux est encore inconnu.  Il s’agit alors d’une des limites actuelles du test du miroir. Le test possède également d’autres limites, notamment matérielles : il n’a par exemple toujours pas abouti sur les éléphants d’Afrique car ces derniers cassent constamment les miroirs. 

Les bases cognitives sur lesquelles reposent ce test sont également grandement remises en question depuis la publication d’un article scientifique qui indique que le le labre nettoyeur, un tout petit poisson très sociable qui tire son nom de sa faculté à nettoyer les autres poissons du Pacifique de leurs parasites, mucus et peaux mortes en tout genre, montrent des comportements concluants face au test du miroir, avec des comportements associés à la connaissance de soi. Seulement, il a été admis que pour présenter des résultats associés à la conscience de soi lors du test du miroir il fallait avoir des capacités cognitives développées. Cela ne peut par exemple pas être le cas pour un enfant de moins de 18 mois, tout comme le labre nettoyeur à prioris, qui ne rentre pas dans la catégorie en question.

Les scientifiques se retrouvent donc face une problématique : Le test indique-t-il vraiment une conscience de soi ou avons-nous trop longtemps sous-estimé le nombre d’animaux capables de cette prouesse ?

Article rédigé par Léa Benyakar

Bibliographie :