Un steak dans une boîte de Pétri ?

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Après avoir vaillamment chassé le mammouth au péril de leur vie pendant quelques milliers d’années, nos ancêtres ont commencé à élever des animaux pour leur consommation personnelle. C’était en Mésopotamie, il y a près de 12 000 ans. Depuis les choses ont bien changé : de quelques millions nous sommes passés à près de 7 milliards d’êtres humains sur Terre et l’élevage se fait à échelle industrielle.

Mais ces changements et l’augmentation croissante de la consommation de protéines posent de nouveaux problèmes : condition de vie des animaux, quantité de viande à produire pour éviter les famines, conséquences écologiques… Et si la solution se trouvait dans nos labos?

Depuis les années 60-70, on cherche à trouver des alternatives à la viande de consommation afin de réduire les quantités à produire : viandes hachées additionnées de protéines végétales, steaks de soja, steaks « de pétrole » (obtenus par croissance de bactéries sur du pétrole déparaffiné, miam!), mais jusqu’à présent bien que les produits à base de protéines végétales aient rencontré un certain succès auprès des végétariens et végétaliens, ce mode de consommation reste peu répandu.
Plus récemment, des chercheurs ont eu une toute nouvelle idée : et si on faisait pousser de la viande en laboratoire? Après tout, pourquoi pas. On produit bien des tissus in vitro à des fins médicales ou de recherche, alors pourquoi ne pas essayer de produire une viande de consommation? Bon…d’accord mais comment?!

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Les muscles sont composés de fibres, constituées elles-mêmes de cellules musculaires : les myoblastes. On peut produire in vivo ces cellules, en utilisant des cellules souches. On peut aussi partir d’un prélèvement de muscle adulte que l’on fait proliférer en conditions favorables. Quelle que soit la technique utilisée, les cellules colonisent le milieu offert et s’organisent en fibres pour former les myotubes. Cependant, on se heurte rapidement à quelques problèmes. Tout d’abord, ces cultures étant facilement sujettes à la contamination par des bactéries ou des champignons, elles sont enrichies en anti-biotiques et anti- fongiques, qui se retrouveront inéluctablement dans notre assiette. Et ensuite, problème de taille : ces méthodes permettent d’obtenir une monocouche de fibres musculaires au fond de la boîte de petri, on est bien loin du beau morceau de viande que l’on connaît. Pas très convainquant me direz-vous. Mais c’est bien connu, les chercheurs sont d’insatiables curieux, et ils ne se sont donc pas arrêtés la.

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Aux États-Unis, une start-up tente même de développer une imprimante 3D capable d’imprimer un morceau de viande (je vous disais bien, rien ne les arrête!).

L’équipe du chercheur Mark Post, de l’Université de Maastricht, aux Pays-Bas a fabriqué le premier steak entièrement produit in vitro. En août dernier, une dégustation a eu lieu à Londres, à laquelle près de 200 journalistes ont été conviés. Ce steak a été obtenu par la superposition des monocouches de fibres musculaires produites en laboratoire. La maturation de la viande a été obtenue par stimulations électriques. Contrairement à un véritable muscle, ce tissu de synthèse n’est pas vascularisé et ne contient aucune cellule adipeuse. Le coût de ce projet fou, est évalué à environ 250 000€ : à ce prix là, on est en droit de se demander si le goût était au rendez-vous! Verdict : les critiques se rejoignent toutes pour dire que ce n’est pas parfait et que le goût n’est pas encore comparable à de la viande classique, cependant, les convives sont d’accord sur le fait que l’on a quand même le sentiment de manger de la viande, malgré une texture encore un peu particulière. Ce prototype de viande de synthèse ne rencontre donc pas un succès fou, mais c’est déjà un bon début et un grand pas vers une possible alimentation du futur.
De nombreux défis restent à relever:
• Isoler des lignées de cellules souches d’animaux d’élevage et la production à grande échelle de fibres musculaires matures
• Améliorer la composition des milieux de culture, en excluant la présence de sérums d’origine animale, les antibiotiques et antifongiques
• Améliorer les conditions de production par rapport à l’hygiène (réduire la
probabilité de contamination en « robotisant » la production)
• Produire un tissu musculaire vascularisé, contenant des cellules adipeuses et en 3D
• Réduire drastiquement les coûts de production

Vous l’aurez compris, ce n’est pas demain que vous trouverez de la viande de synthèse dans vos assiettes…mais ce n’est peut-être pas si loin pour autant! Bien entendu, une telle innovation pose de nouvelles questions : quelle place prendrait ce type de nourriture dans notre alimentation? Comment faire accepter ce projet à la population?
Nous sommes de plus en plus nombreux, et nous consommons de plus en plus de protéines, il est donc inévitable de considérer des alternatives à la consommation de viande d’élevage. D’autres pistes existent comme le développement d’élevage d’insectes, très riches en protéines et dont la production est moins complexe que celle de viande de mammifère, et les substituts protéiques tels que le soja connaissent un véritable essor. Nous serons donc amenés à terme à changer nos habitudes de consommation. Alors, entre le hamburger de laboratoire et la fricassée de sauterelles, qu’est ce qui vous tente le plus?

Sources:
JF. HOQUETTE & al. , La viande du futur sera-t-elle produite in vitro?, INRA, Productions animales, 2013, numéro 4
letemps.ch
huffingtonpost.fr
printf.eu
futur.arte.tv/fr
www.maastrichtuniversity.nl

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