Projet Enigma

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Dans la cadre de la Semaine du Cerveau, voilà un article présentant une avancée de la génétique cérébrale. Dans le numéro du 15 avril de Nature Genetics, les chercheurs du projet Enigma (Enhancing Neuro Imaging Genetics through Meta-analysis), après analyse de plus de 21.000 individus, présentent leurs résultats liés directement à la taille du cerveau. Alors, les gros cerveaux sont-ils forcément les plus intelligents ?

 

 

Le Pr Paul Thompson, coordonnateur du projet Enigma à l’université de Californie et son équipe , alors en recherche des gènes responsables d’atrophie tissulaire et de diminution du volume cérébral, ont fait une découverte intéressante. Dans le même numéro de Nature Genetics, des travaux similaires menés en simultané par un consortium de l’université de Boston sont publiés, et aboutissent aux même conclusions : en scrutant l’ADN et le scanner cérébral de milliers de patients, les chercheurs ont pu déceler des variations de génétiques présentes chez les individus ayant un plus gros cerveau. Plus simplement, les deux équipes ont identifié des gènes responsables de la taille du cerveau.

 

Cela va-t-il enfin permettre de savoir si la taille du cerveau est directement à l’intelligence, mesurée par exemple par le QI ?

Au passage, rappelons que la notion d’intelligence est impossible à définir de façon exhaustive, nous nous contenterons dans ce texte de la définir comme la faculté du genre humain à résoudre les problèmes qui se posent dans son environnement (une définition fréquemment utilisée par les chercheurs en sciences cognitives).

 

Réseau neuronal
Réseau neuronal

 Réseau neuronal

Pour le moment, nous savons que le périmètre crânien (tour de tête) est influencé lors du développement embryonnaire puis dans l’enfance par des gènes situés sur le chromosome 12. De plus, la taille du cerveau est régie par des gènes présents sur les chromosomes 6 et 17. C’est l’intervention du chromosome 12 qui devient intéressante lorsque l’on apprend qu’elle agit sur le volume de l’hippocampe, zone située dans le lobe temporal médian. Elle appartient au système limbique et a un rôle prépondérant dans l’orientation dans l’espace et surtout dans la mémoire. Une question s’impose lorsque l’on découvre que l’hippocampe a la particularité de diminuer quand le sujet est atteint de la maladie d’Alzheimer. La variation de taille du cerveau tout entier serait-elle donc liée à ce gêne ?

 

Vue en 3D du cerveau (l'hippocampe est en bleu)
Vue en 3D du cerveau (l'hippocampe est en bleu)

 Dans cet vue en 3D, l’hippocampe est représenté en bleu

La réponse est oui : une toute petite variation génétique du gêne 12 augmenterait la taille du cerveau et l’intelligence a été observée d’après ces deux études. Augmentation certes, mais augmentation très faible : en effet pour une taille de cerveau plus élevée, l’augmentation du QI est  inférieure à un point. De plus, les contre-exemples ne manquent pas : on peut être très intelligent avec un petit cerveau et l’être beaucoup moins avec un gros cerveau. De plus il se révèle que comme pour certaines caractéristiques physiques, comme la taille qui est un trait physique hérité pour une large part (80 %) des gènes parentaux, la taille du cerveau est largement héréditaire.

 

On peut donc en conclure que la taille du cerveau n’aurait pas de lien direct avec l’intelligence. De plus, la taille du lobe frontal, considéré comme le siège du raisonnement et de la pensée, ne serait pas disproportionnée par rapport aux autres zones de notre cerveau, contrairement à ce qui était supposé jusqu’ici.

Voilà une découverte qui contrevient de façon surprenante avec une opinion qui était jusqu’ici très largement partagée par la communauté scientifique. Ce constat, issu d’un fastidieux travail de neuroanatomie comparative au cours duquel les scientifiques ont comparé la taille des lobes frontaux humains avec la taille des lobes frontaux appartenant à d’autres espèces, a été publié le 13 mai 2013 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Dans leur étude, les neurologues britanniques suggèrent que les aires de notre cerveau qui étaient jusqu’ici considérées comme plus primitives, parce qu’apparues plus précocement au cours de notre évolution (comme le cervelet par exemple), se seraient en fait développées de façon tout aussi importante que notre lobe frontal au cours de l’histoire évolutive humaine. En d’autres termes, la croissance passée de ces zones dites « moins évoluées » jouerait, dans la taille actuelle du cerveau humain, un rôle équivalent à la croissance de notre lobe frontal.

 

Cervelet
Cervelet

Cervelet

 

Si ce résultat se voit confirmé par d’autres travaux, alors cela suggérerait alors que les zones dites « primitives » jouent un rôle peut-être plus important que prévu dans notre aptitude à raisonner et à réfléchir.

 

 

Sources :

– journaldelascience.fr

– inserm.fr

– sante-medecine.fr

– lefigaro.fr

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