IL-7, une cytokine au rôle déterminant dans le traitement contre le VIH et l’hépatite C

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Aujourd´hui encore, nombreuses sont les personnes atteintes du virus du SIDA, dans les pays industrialisés, la plupart des malades ont accès à des traitements anti-viraux, de plus en plus efficaces. Parmi les séropositifs, la prévalence pour l’hépatite C est d’environ 25%. Les chercheurs se sont intéressés à une molécule qui constitue une partie de nouveaux traitements pour ces pathologies.

L’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) se caractérise par d’importantes modifications de l’homéostasie lymphocytaire. Ce virus est un rétrovirus à ARN, qui infecte les lymphocytes T CD4+, acteurs des réponses immunitaires.
On définit plusieurs stades d’évolution de la maladie:

  • Phase aiguë : 2 à 4 semaines

Pic de charge virale et chute du nombre de lymphocytes T CD4+ (cellules cibles du VIH) , avec une forte augmentation du nombre de lymphocytes T cytotoxiques.

  • Phase de latence clinique : 8 à 10 ans

La virémie plasmatique est globalement stable, avec une réplication active du virus, la population de lymphocytes T CD4+ diminue progressivement.

  • Phase SIDA : quelques mois à quelques années

Chute brutale du nombre de CD4+ et augmentation massive de la virémie plasmatique. Le patient est alors immunodéficient et décède généralement des suites de maladies opportunistes.

L’interleukine 7 (IL-7) est une cytokine (molécule soluble impliquée dans la signalisation cellulaire et produite par les cellules du système immunitaire) ayant un rôle important dans l’évolution des populations de lymphocytes T. L’IL-7 permet la prolifération de ces lymphocytes et joue également un rôle important dans les processus de différentiation. Elle est produite dans le thymus, les organes lymphoïdes secondaires, mais aussi dans le foie, la peau et les muqueuses. Il existe de nombreuses interleukines, ayant des rôles variés dans le système immunitaire.

On observe une corrélation inverse entre la chute du nombre de lymphocytes T et la production d’IL-7 par l’organisme infecté. Le pic d’IL-7 semble apparaître pour contrer l’action du virus sur les lymphocytes et favoriser leur prolifération, cependant ces mécanismes restent mal connus et sont actuellement étudiés par les chercheurs.

Suite à ces observations, des patients séropositifs ont été inclus il y a quelques années dans un essai clinique en France : ils ont reçu des doses variables d’IL-7, à des temps différents. Il ressort de cette étude que ces patients ont pu reconstituer, au moins en partie leur répertoire lymphocytaire, en restaurant l’homéostasie des populations de lymphocytes T (CD4 et CD8), et que cela est corrélé à la dose d’IL-7 reçue. Ces travaux prometteurs ont ouvert une nouvelle voie en permettant d’utiliser l’immunothérapie contre l’infection VIH. Cependant, à l’époque, la production d’IL-7 en laboratoire était coûteuse et difficile à mettre en œuvre, les chercheurs ont donc mis au point une molécule d’IL-7 recombinante, CYT107, plus facilement utilisable car non dérivée de produits biologiques.
À l’heure actuelle, les recherches se poursuivent pour mieux comprendre les mécanismes impliqués, car bien que l’on ait constaté un effet positif de l’IL-7 chez les patients séropositifs, en complément d’une thérapie anti-rétrovirale, on ne comprend pas encore finement tous les processus impliqués. En effet, bien que l’innocuité de l’IL-7 ait été démontrée, l’injection de cette molécule pourrait avoir des conséquences sur certaines interactions moléculaires dont nous n’avons pour l’instant pas la connaissance.
Ces découvertes ouvrent quoi qu’il en soit de nouvelles perspectives, en vue par exemple de mettre au point un vaccin efficace.

On envisage également l’utilisation de l’IL-7 dans le traitement contre les hépatites C (virus HCV). Actuellement, les patients atteints d’hépatite C sont traités par de la Ribavirine associée à de l’interphéron alpha. Cette molécule est une glycoprotéine de la famille des cytokines, produite par les cellules du système immunitaire et possédant des propriétés antivirales et anti-oncogéniques. L’IFN-alpha est notamment capable d’activer les macrophages et les cellules NK (Natural Killer), acteurs de la réponse immunitaire. Les cellules le produisent lorsque la quantité d’ARN double brin dans la cellule dépasse un certain niveau : c’est à dire lorsque le virus se réplique activement dans la cellule. L’injection d’IFN-alpha va permettre l’activation des macrophages et des cellules tueuses et ainsi favoriser la réponse immunitaire. Cependant, l’action des cellules NK va conduire à une lymphopénie importante, néfaste pour le patient, notamment en cas de co-infection VIH/VHC. On envisage donc un traitement à l’IL-7, permettant de restaurer l’homéostasie lymphocytaire perturbée pas l’IFN-alpha. En plus de favoriser la prolifération des lymphocytes, il a été montré que l’IL-7 permet également la diversification du répertoire lymphocytaire T, cela ayant un effet d’autant plus positif sur l’immunité des patients.
Il reste encore de nombreuses choses à découvrir dans ce domaine, afin de mieux comprendre tous les mécanismes impliqués, mais les travaux sont très prometteurs et permettent d’espérer à plus ou moins long terme des traitements très efficaces et offrant une meilleure qualité de vie aux malades!

Sources: 

www.ulb.ac.be

www.arcat-sante.org

www.nature.com

www.theses.fr (R. Parker)

www.wikipedia.fr

Images:

www.aphp.fr

www.uclb.ac.be

www.nature.com

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