L’expérimentation animale : cruauté dépassée ou science de demain ?

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testing drugs and vaccine on mice

L’utilisation de l’animal comme outil de laboratoire est nécessaire à la recherche scientifique.  Il existe un ensemble de lois qui l’encadrent à des fins éthiques. Et pourtant, les animaux en sont victimes.

Opposée aux droits des animaux, l’avancée de la médecine repose sur une méthode de recherche efficace mais qui pose débat : l’expérimentation animale. Elle est caractérisée par l’utilisation de l’animal comme « éprouvette vivante », ou comme un outil pour la biologie. Elle a pourtant permis des avancées scientifiques majeures. Mais elle sert aussi de modèle pour les médecins et biologistes qui apprennent l’anatomie, ou qui cherchent à classer les animaux.

L’expérimentation animale se définit selon différentes pratiques. La première, la plus évidente, est l’utilisation des animaux comme cobayes pour tester les effets des médicaments, des régimes spécifiques, ou la toxicité d’un produit. D’autres encore se servent des animaux comme modèles expérimentaux pour l’étude de maladies. Pour cela, les chercheurs sélectionnent des lignées naturellement malades, ou les « modifient » pour qu’elles portent les caractéristiques de la maladie étudiée. Pour exemple, des chercheurs greffent des tumeurs sur des souris pour tester l’efficacité d’un médicament. D’autres modifient le génome d’un animal pour causer une maladie génétique. Tout ceci dans le but de prédire ce qui pourrait se passer chez l’homme. Une autre utilisation de l’animal dans les laboratoires consiste en un aspect plus fondamental de la biologie. La connaissance des mécanismes de la cellule ou d’un organe en sont des illustrations. Concrètement, l’animal représente un outil important pour le chercheur : petit, à reproduction rapide, et peu cher, l’animal emblématique est la souris. Mais certaines études peuvent en nécessiter d’autres, du rat au singe, ou encore des mouches aux vers, grenouilles et poissons.

Dans l’idée de prédire l’effet d’un traitement chez l’homme, les scientifiques se fondent sur des processus très conservés entre mammifères. Cependant, de nombreuses études ont montré que l’animal n’était pas toujours un bon exemple. Se pose alors la question de trouver le bon modèle. Là encore, certains organismes modifiés ne sont pas toujours représentatifs de ce qu’on cherche. Il existe parfois des biais. Un cas intéressant est l’utilisation de souris sans système immunitaire, dites « nude » dans l’étude des cancers. La disparition du système immunitaire est essentielle à la formation du modèle de cancer, mais l’effet du traitement étudié est-il bien l’effet final qu’on obtiendrait sur un homme pourvu d’un système immunitaire ? Et pourtant, pour entrer en essai clinique, un traitement doit obligatoirement passer par des essais sur les animaux. Cela permet de tester certains aspects du traitement, même si le scientifique doit garder en tête que ce n’est pas forcément reproductible chez l’homme.

Et l’animal dans tout ça ? Reconnu comme «  forme d’intelligence et de sensibilité », l’animal aurait des droits. Les expérimentations animales font souffrir les animaux : conditions d’élevage, maladies, traitements ou encore dissections.  Une réglementation européenne existe pourtant pour encadrer l’expérimentation et minimiser les souffrances des animaux. Transposée en France, c’est le décret 2001-486 du 6 juin 2001. La règle des 3R constitue « le fondement de la démarche éthique appliquée à l’expérimentation animale ». Crée en 1959, elle est mise en place en Europe et Amérique du Nord. Réduire le nombre d’animaux en expérimentation et se limiter aux expériences nécessitant obligatoirement un modèle animal et réduire le nombre de répétitions. Raffiner la méthodologie employée : améliorer les conditions de vie, utiliser des anesthésies et analgésies, éviter les tests douloureux et utiliser les procédures d’euthanasie appropriées. Remplacer les modèles animaux par des tests informatiques ou sur des cellules en culture. Voilà les principaux enjeux de ces règles. Les scientifiques établissent aussi des « points limites », à savoir des critères permettant d’éviter la mort, les données biaisées par le stress et la souffrance, ainsi que la douleur des animaux. Au-delà d’un certain seuil, il convient d’y mettre un terme.

Il faut aussi noter que le recours à l’expérimentation animale ne peut se faire que dans un cadre précis de projet de recherche. Tout d’abord, les expérimentateurs sont qualifiés, et l’établissement doit être agréé. De plus, les manipulations animales doivent être nécessaires à l’étude et irremplaçables par un autre type de test.

Il existe en effet des méthodes alternatives. L’une des plus importantes est le test sur des cellules cultivées. Le problème de la représentativité se pose entre ce que l’on observer en culture sur quelques cellules et ce que l’on observe dans un organisme entier où d’autres paramètres entrent en jeu. Une autre alternative, prometteuse, est la toxicogénomique qui consiste en l’identification de gènes affectés par un traitement testé par exemple. Il faut savoir que ces méthodes suffisent à certaines études, mais qu’il en existe d’autres qui nécessitent le test animal.

Finalement, il s’agit d’une question à appréhender de manière pragmatique. A l’heure où le statut de l’animal fait parler de lui à l’Assemblée Nationale, le chercheur partagé entre la protection des animaux et l’avancée de la recherche scientifique, tente de trouver un compromis. Même si des règles sont mises en place pour les protéger, les animaux subissent ce besoin technologique. Il serait donc peut-être temps d’envisager de nouvelles options.


Dina P. (M2 BMC)

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