Forum « L’année vue par… les sciences » 14 Février 2015

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Forum france culture
Table ronde : « Droit des animaux : le nouvel humanisme des sciences ? »

Une St Valentin pas comme les autres. En ce samedi 14 février 2015, après un petit-déjeuner Darwin organisé la veille, Symbiose 6 se rend à un autre type de petit-déjeuner : un forum, lieu de débats entre scientifiques et philosophes dans le grandiose amphithéâtre de la Sorbonne, le tout orchestré par France Culture.

11h : sous une pluie ruisselante, nous courons au lieu de rendez-vous. Robe rouge (jour de l’amour), talons hauts (parisian style) et bloc-note en poche (pro jusqu’au bout du crayon, si tu nous entends Charlie… La salle est pleine, scientifiques et curieux de 18 à 99 ans ont zappé la case grasse mat’ du week-end. Lumière! La table ronde sur « Le droit des animaux : nouvel humanisme des sciences ?  » commence. Aurélie Luneau, productrice chez la radio France Culture et aux commandes de l’émission La marche des sciences tous les jeudis de 14h à 15h, anime la session. Trois invités de marque trônent sur l’estrade : Jean-Claude Ameisen (médecin, ancien président du Comité consultatif national d’éthique), Florence Burgat (philosophe, directrice de recherche à l’INRA) et Stéphane Chapoutier (neurobiologiste et philosophe).

Nous, étudiants en biologie, seront ou avons déjà été amenés à utiliser des animaux pour des expériences scientifiques. Âmes sensibles, nous ne nous abstenons pas car TP noté oblige. Ces petites bêtes nous sauvent bien la vie (ou notre stage, thèse etc). Et ce n’est pas sans oublier les longs débats éthiques lancés en cours d’anglais qui nous font penser : est-ce bien, est-ce mal? La souris, le maquereau, la cione ou autre être vivant, souffrent-elles de ces manip’ ? Que faire si c’est le cas…? Les scientifiques et philosophes répondent.

Nous vous laissons découvrir un aperçu de la table ronde. Ce qui suit sont des propos rapportés et n’engagent aucunement l’opinion de Symbiose6. 

L’animal humanisé

« Créer ou être indifférent à la souffrance des animaux, c’est mauvais signe, c’est tout bonnement inhumain…et pourtant, on parle de deux mondes bien distincts : le monde animal vs le monde humain »

JC Ameisen rappelle que tout être humain a conscience de la sensibilité que nous avons envers les animaux et en cela, c’est une bonne chose. Comme nous le savons tous, l’évolutionnisme de Darwin (what ? oui oui, le thème de notre p’tit déj, journée mondiale le 12/02), papa de l’évolution, a relevé l’existence d’ancêtres communs. Puisque l’Homme a des ancêtres communs avec d’autres animaux, l’homme se doit de considérer la place de l’animal dans son quotidien et notamment dans son travail. Nous éprouvons sans aucun doute de l’empathie lorsqu’on perçoit la réaction faciale des primates, leur ressemblance à l’humain étonne encore. C’est sans rappeler qu’on semble éprouver plus d’empathie pour des animaux qui nous ressemblent physiquement car on tend à penser que les gens qui ne nous ressemblent, ne souffrent pas comme nous. Ce travail d’interrogation amènent les juristes face à un dilemme: l’ambiguïté entre le droit et le devoir: faut-il donner des droits aux animaux ou des devoirs aux humains envers les animaux? L’homme est prédisposé à la compassion, bien, mais si des études révèlent qu’un animal est plus intelligent qu’un autre, aurait-il plus de droit qu’un autre être et par rapport à un humain?

Dans le monde de la Recherche, les pratiques et l’éthique évoluent continuellement. A ce jour, 35% des animaux de laboratoire reçoivent un traitement analgésique ou anesthésique. Il paraît alors évident qu’il est interdit de faire souffrir les animaux mais cela ne semble pas pouvoir résoudre tous les problèmes… Pour certaines expérimentations animales, jusqu’où pourrait-on justifier le sacrifice d’un être vivant en vue du bénéfice éventuel apporté à l’humain et les Sciences? Animal-objet? La réflexion sur l’exploitation animale ne concerne pas seulement la Recherche et d’ailleurs, celle-ci a permis de rendre compte de « l’humanité » des animaux. En effet, les avancés de la recherche scientifique ont fait apparaître des réactions chez l’animal qu’on n’imaginait pas et ces échos à l’humain replacent l’interrogation de leur droit au centre des plus grands débats éthiques d’aujourd’hui. Alors quel est le propre de l’Homme? Il existe des reflets, échos et variations entre tous les êtres vivants. Darwin disait « il y a des différences de degré mais pas de nature ». Nos travaux de recherche changent donc notre vision de l’animal et on change les régulations, celles-ci modifient les pratiques de la recherche : il s’agit bien ici, d’une co-évolution complexe.

Comment prouver que si une expérience est faite, elle est réellement utile?

Pour la pharmacologie, un problème se pose : les tests de nouveaux médicaments sur un nombre réduit d’animaux ne sont pas suffisants pour être assez significatifs car ils nécessitent des statistiques. Mais alors jusqu’où et dans quelles conditions va-t-on infliger un traitement en raison de l’importance que cela a vis-à-vis d’êtres humains? Le respect des animaux est rendu difficile car même en laboratoire, les animaux sont loin de leur condition de vie naturelle et cela serait susceptible de les stresser. Quelle serait alors la dette des Hommes vis-à-vis des animaux? Existe-t-il des méthodes alternatives? Oui mais pas assez et pas tout le temps efficaces.

Les animaux, oui mais quels animaux?

A première vue, il semble y avoir une forme de hiérarchie. Il ne s’agit pas seulement de primates mais aussi de mouches et de levures par exemple. Historiquement, le décryptage de la génétique a été possible entres autres grâce à la mouche de vinaigre et la levure est un modèle d’étude pour de nombreux travaux de Recherche. Et pourtant, morphologiquement, ils n’ont pas beaucoup de similitudes avec l’être humain…

Quel est le rôle de la société envers les droits des animaux?

La France est un pays amoureux des animaux, oh que oui! Connaissez-vous 30 millions d’amis? Ou bien Père Castor? Et pourtant, les abandons d’animaux, l’élevage industriel et intensif sont souvent décriés par les médias et autres associations de défense. Qui tient compte de la douleur des animaux ? Paradoxe évident : dans le monde des bisounours, les animaux de compagnie sont adulés par les petits et les grands, dans le monde des diablotins, certains sont abandonnés à leur sort au bord d’une route…ou tout simplement laissés livrés à eux-mêmes dans un appartement en période estivale. La philosophe F. Burgat soulève alors la notion de bien-être et pas seulement de l’absence de douleur. Mais alors, dans sa vie naturelle, en grande liberté, l’animal souffre aussi : en proie à des prédateurs de la Nature. L’Homme doit-il aussi intervenir ? Ou bien faut-il conserver ces lois de la Nature sans intervenir ? L’Homme, conscient et empathique, se sent responsable : il veut leur éviter la souffrance et leur donner du bien-être mais jusqu’à quel point et dans quelle mesure ?

Carnivore vs végétarien

S. Chapouthier évoque le comportement alimentaire des humains de nos jours. Dans notre culture gastronomique, nous avons l’habitude de manger de la viande mais on sait pourtant que la manière dont ces animaux sont traités est inadmissible. Applaudissements de l’auditoire.

Mais alors doit-on tous devenir végétariens ? Un homme dans l’assemblée fait remarquer un paradoxe : celui du steak vs gâteau à la crème ! Gné ?! L’élevage des bœufs à viande et celui des poules à ponte ou des vaches à lait sont à peu près similaires et donnent l’impression que toutes les trois souffrent. Alors doit-aussi se priver des pâtisseries de nos grands-mères ? Choix difficile…

Qu’en est-il de l’Education de la génération de demain ?

Enfants, ils lisent des histoires d’animaux, des fables de la Fontaine aux dessins animés du samedi matin, les petits ont compris : les animaux sont leurs amis. Puis au collège, à deux pas de la cave du hamster, les élèves réalisent des dissections (ndlr: animaux morts)… Au lycée, la 2ème guerre mondiale est au cœur du programme d’Histoire mais le rôle des animaux durant cette période n’est aucunement mentionné. Alors faut-il encore élargir le cercle de sympathie des animaux? Même si l’Homme éprouve déjà spontanément de l’affection pour tout ce qui touche au vivant. La chance pour nous, étudiants en Sciences du « Vivant »..!

Finalement, avez-vous conscience de l’Animal avec un grand A tous les jours en Sciences comme de l’Amour avec un grand A en ce jour des amoureux ? That’s the question…

 

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